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 [Culture] En attendant... que le temps passe.

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Vikentios
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MessageSujet: [Culture] En attendant... que le temps passe.   Mar 10 Déc 2013 - 23:10

Citation :

VLADIMIR. - Misérable !
ESTRAGON. - C'est ça, engueulons-nous. (Echange d'injures. Silence.) Maintenant raccommodons-nous.
VLADIMIR. - Gogo !
ESTRAGON. - Didi !
VLADIMIR. - Ta main !
ESTRAGON. - La voilà !
VLADIMIR. - Viens dans mes bras !
ESTRAGON. - Tes bras ?
VLADIMIR (ouvrant les bras). - Là-dedans !
ESTRAGON. - Allons-y.

Ils s'embrassent. Silence.

VLADIMIR. - Comme le temps passe quand on s'amuse !

Silence.

ESTRAGON. - Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
VLADIMIR. - En attendant.
ESTRAGON. - En attendant.

Silence.

VLADIMIR. - Si on faisait nos exercices ?
ESTRAGON. - Nos mouvements.
VLADIMIR. - D'assouplissement.
ESTRAGON. - De relaxation.
VLADIMIR. - De circumduction.
ESTRAGON. - De relaxation.
VLADIMIR. - Pour nous réchauffer.
ESTRAGON. - Pour nous calmer.
VLADIMIR. - Allons-y.

Il commence à sauter. Estragon l'imite.

ESTRAGON (s'arrêtant). - Assez, je suis fatigué.
VLADIMIR (s'arrêtant). - Nous ne sommes pas en train. Faisons quand même quelques respirations.
ESTRAGON. - Je ne veux plus respirer.
VLADIMIR. - Tu as raison. (Pause.) Faisons quand même l'arbre, pour l'équilibre.
ESTRAGON. - L'arbre ?

Vladimir fait l'arbre en titubant.

VLADIMIR (s'arrêtant). - A toi.

Estragon fait l'arbre en titubant.

ESTRAGON. - Tu crois que Dieu me voit ?
VLADIMIR. - Il faut fermer les yeux.


Citation :

Samuel BECKETT, En attendant Godot, Paris, Les éditions de Minuit, 2009, pp. 98-99.

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Vikentios
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MessageSujet: Re: [Culture] En attendant... que le temps passe.   Ven 13 Déc 2013 - 2:59


    Le théâtre de feu notre cher Beckett, nous fait découvrir toute l'absurdité des propos que tiennent les hommes. Dans une période sombre, d'après-guerre, les mots que nous pouvons prononcer semblent bien dérisoires, comparés aux horreurs vécues. Tout discours devient absurde, illogique, insensé. Mais alors, pourquoi l'Homme parle-t-il encore, si ce n'est pour ne rien dire qui en vaille encore la peine ? Pourquoi Estragon et Vladimir échangent-ils entre eux, sans se répondre l'un à l'autre ? C'est la peur. La peur du vide, et du silence, laissés par un Dieu qui a semblé bien absent ces dernières années. Alors, pour meubler ce manque matériel et immatériel, vers qui se diriger ? Qui attendre ? Où placer son espoir pour qu'un jour l'absurdité de ce monde se retire ? Ce sera dans l'attente d'une force supérieure, mystérieuse, annonciatrice d'un Ailleurs, un refuge pour les hommes. Durant toute la pièce, Estragon et Vladimir attendent la venue de cet être indéfinissable, nommé Godot. Quelle tragédie et quelle tristesse pour l'Homme, quand on sait que Godot ne viendra jamais !

    Passons à un autre texte.


Citation :

Mais bientôt la même lassitude funèbre réapparut sur son visage.

 - Je ne vous en veux pas, dit-il.

 Rodolphe était resté muet. Et Charles, la tête dans ses deux mains, reprit d'une voix éteinte et avec l'accent résigné des douleurs infinies :

 - Non, je ne vous en veux plus !

 Il ajouta même un grand mot, le seul qu'il ait jamais dit :

 - C'est la faute de la fatalité !

 Rodolphe, qui avait conduit cette fatalité, le trouva bien débonnaire pour un homme dans sa situation, comique même, et un peu vil.
 Le lendemain, Charles alla s'asseoir sur le banc, dans la tonnelle. Des jours passaient par le treillis ; les feuilles de vigne dessinaient leurs ombres sur le sable, le jasmin embaumait, le ciel était bleu, des cantharides bourdonnaient autour des lis en fleur, et Charles suffoquait comme un adolescent sous les vagues effluves amoureux qui gonflaient son cœur chagrin.
 A sept heures, la petite Berthe, qui ne l'avait pas vu de toute l'après-midi, vint le chercher pour dîner.
 Il avait la tête renversée contre le mur, les yeux clos, la bouche ouverte, et tenait dans ses mains une longue mèche de cheveux noirs.

 - Papa, viens donc ! dit-elle.

 Et, croyant qu'il voulait jouer, elle le poussa doucement. Il tomba par terre. Il était mort.


Citation :
Gustave Flaubert, Madame Bovary, La Flèche, Pocket, 2012, pp. 409-410.

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Vikentios
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MessageSujet: Re: [Culture] En attendant... que le temps passe.   Sam 28 Déc 2013 - 18:40

La rédaction tient à préciser que toute ressemblance avec un personnage des Royaumes Renaissants serait purement fortuite.

Citation :

NABUCHODONOSOR

    Pareil aux Dieux je marche, & depuis le réveil
    Du Soleil blondissant jusques à son sommeil,
    Nul ne se parangonne à ma grandeur Royale,
    En puissance & en biens Jupiter seul m'egale :
    Et encores n'estoit qu'il commande immortel,
    Qu'il tient un foudre en main dont le coup est mortel,
    Que son thrône est plus haut, & qu'on ne le peut joindre,
    Quelque grand Dieu qu'il soit, je ne serois pas moindre.
    Il commande aux éclairs, aux tonnerres, aux vents,
    Aux gresles, aux frimats, & aux astres mouvans,
    Insensibles sujets : moy je commande aux hommes,
    Je suis l'unique Dieu de la terre où nous sommes.
    S'il est, alors qu'il marche, armé de tourbillons,
    Je suis environné de mille bataillons
    De soudars indomtez, dont les armes luisantes
    Comme soudains éclairs, brillent étincelantes.
    Tous les peuples du monde ou sont de moy sujetz,
    Ou Nature les a delà les mers logez.



Citation :
Robert Garnier, Les Juives, Mesnil-sur-l'Estrée, Gallimard, coll. Folio théâtre, 2007, pp. 54-55.

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Vikentios
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MessageSujet: Re: [Culture] En attendant... que le temps passe.   Jeu 18 Sep 2014 - 22:42


    Nous reprenons notre chronique pour vous présenter cette fois-ci un aspect crucial. En effet, nous allons transmettre au lecteur un témoignage du Passé : un texte en moyen français. Il n'est pas donné à tous de pouvoir le comprendre. Certaines tournures sont à reconnaître, l'aisance de la lecture vient en lisant de nombreux poèmes. Voici donc un poème de Jean Meschinot, Grand Rhétoriqueur du XVème siècle, né vers 1420, sous la protection et au service des ducs de Bretagne.

    Ce témoignage nous montre la très large différence ente le français moderne et le moyen français (attention, ne pas dire "le français moyen", renvoyant à une image toute autre...). Le rapport avec les RR, est que ce texte a été écrit à la même époque ! L'auteur que je suis dédie cette chronique à tous ceux qui essaient bien honorablement d'écrire en moyen français mais qui hélas, n'y arriveront que très mal, ou jamais. C'est pourquoi le joueur de Vikentios a décidé de ne pas faire d'efforts côté langage de son personnage, car nous sommes dans l'impossibilité d'imaginer cette toute fébrile naissance du français, langue de prestige, perdue aux milieux des dialectes (bourguignons, savoyards, picards, etc...) et des langues (basque, breton) de toute la France. La conscience d'une langue commune commencera ensuite à s'imposer avec François Ier, couronné en 1515, qui, avec l'édit de Villers-Cotterêts en 1539, impose la langue française dans tous les domaines institutionnels et juridiques, qui étaient jusqu'alors, écrits en latin ! Preuve une fois encore, de l'impossibilité à respecter l'Histoire dans les RR.

    Et voici le texte, bonne lecture.


Citation :


Ceulx qui deussent parler sont muts
Les loyaulx sont pour sots tenus ;
Je n'en vois nuls
Qui de bonté tiennent plus compte ;
Vertus vont jus, pechié haut monte,
Ce vous est honte,
Seigneurs grans, moyens et menus.

Flateurs sont grans gens devenus
Et a hauts estats parvenus,
Entretenus,
Tant qu'il n'est rien qui les surmonte.
Ceux qui deussent parler sont muts.

Nous naquismes povres et nuds.
Les biens nous sont de Dieu venus,
Nos cas congnus
Luy sont pour vray, je vous le conte ;
Pape, empereur, roy, duc ou comte,
Tout se mescompte,
Quant les bons ne sont soustenus.
Ceulx qui deussent parler sont muts.


Jean Meschinot, "Rondeau de ceux qui se taisent".

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Vikentios
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MessageSujet: Re: [Culture] En attendant... que le temps passe.   Lun 22 Déc 2014 - 1:59

Bonsoir.

J'aimerais une bonne fois pour toutes qu'on arrête de donner du "Votre Honneur" au juge.

Déjà, si vous sortez cela aujourd'hui dans un tribunal français, on va vous dire qu'il faut que vous arrêtiez de parler. En France, c'est "Monsieur le Président". "Votre Honneur" n'est utilisé qu'aux Etats-Unis d'Amérique - et ailleurs peut-être.

Je conviens que vous avez été beaucoup influencés par les séries américaines. Mais maintenant, stop.

Monsieur le Juge, reste convenable. Ou donnez son titre de noblesse.

Si je vois encore un "Votre Honneur", je pratiquerais une séance de voodoo et y maudirais tout joueur ayant sorti cette horreur.

Je vous aime.

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César Philippe Auguste
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MessageSujet: Re: [Culture] En attendant... que le temps passe.   Lun 22 Déc 2014 - 2:13

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Braie
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MessageSujet: Re: [Culture] En attendant... que le temps passe.   Lun 22 Déc 2014 - 23:51

on vous aime aussi.

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La chouette, n'oubliez pas qui je suis.
Spoiler:
 
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Vikentios
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MessageSujet: Re: [Culture] En attendant... que le temps passe.   Lun 29 Aoû 2016 - 17:19


    Il est temps, venant de subir un énième saignement de l'œil, de faire un point orthographe. Nous en convenons tous : il serait hélas nécessaire d'innombrables points ainsi. Mais aujourd'hui les cas qui nous intéressent sont les homonymes "cour", "cours", "court" et "courre".


Citation :

1-- Qu'est-ce qu'une cour ?
==> On écrira cour pour tout espace plus ou moins fermé :
Exemples :
- La cour de récréation ;
- La basse-cour du château ;


Mais également pour quelques entités particulières :
Exemples :
- La Cour pénale internationale ;
- La Cour du roi Louis XII ;


NB : Dans ce dernier cas, on devra souvent mettre une majuscule au terme.


2-- Qu'est-ce qu'un cours ?
==> On écrira cours pour tout  ce qui a tendance à se mouvoir dans l'espace et le temps :
Exemples :
- Le cours de la rivière ;
- Le cours de la monnaie ;
- L'affaire suit son cours ;
- Laissons libre cours à notre imagination ;
- Le cours de français du professeur JD Vikentios est amusant ;


On trouvera également le terme dans des expressions figées comme :
Exemples :
- Au cours de... ;
- C'est en cours... ;



3-- Qu'est-ce qu'un court ?
==> On écrira rarement court. On le fera au tennis par exemple, pour désigner l'espace de jeu :
Exemple :
- Les courts de Rolland-Garros sont en terre battue ;


Nous avons également l'adjectif, antonyme de "long" :
Exemple :
- Le chemin est court entre Chambéry et le Bugey ;


NB : Pour savoir qu'il faut mettre un "t" final, on peut transposer au féminin :
Exemple :
- La route est courte entre Chambéry et le Bugey ;



4-- Qu'est-ce que courre ?
==> Dans les RR, il est important de connaître ce mot. On ne le rencontre qu'en une seule occasion : le type de chasse qui consistait à épuiser le gibier en le faisant poursuivre par ses chiens :
Exemple :
- Votre Grâce, la chasse à courre d'hier fut une réussite !



5-- Attention : Il convient de se méfier du verbe "courir", qui contient dans sa conjugaison de nombreuses occurrences trompeuses :
- Exemples au présent de l'indicatif :
Je cours ==> Méfiance avec le point numéro 2 de la leçon
Tu cours ==> Idem
Il/elle court ===> Méfiance avec le point numéro 3 de la leçon
Ils/elles courent => Conjugaison typique de la troisième personne du pluriel
- Exemple au présent de l'impératif :
Cours ! ===> Méfiance avec le point numéro 2 de la leçon
- Exemples au présent du subjonctif :
Que je coure => Méfiance, car forme inédite jusque-là. Ne pas confondre avec "courre" de la leçon 4, qui contient deux "r"
Que tu coures => Même méfiance ; difficulté du "s" final en plus
Qu'il coure ===> Même méfiance que la première personne
Qu'ils/elles courent => Identique à la troisième personne du pluril du présent de l'indicatif



    Avec ceci, il n'y a plus aucune raison de voir encore de mauvaises utilisations de nos présentes occurrences. Mieux qu'un nouveau manuel de l'Education Nationale, mieux qu'un petit tour sur Wikitionnaire : ce sont les fiches de JD Vik. Faites du RP.

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